Les leçons du Mal....à découvrir

Publié le par ERIC

les lecons du mal

(Les) Leçons du Mal . 2008. COOK, Thomas H. Trad. Par Philippe Loubat – Delranc

Paris. 2011. Editions du Seuil. Collection Policiers. 357 p.

(Titre Original : Master of The Delta)

(LP473)

Presentation de l’Editeur :

Gâté par le sort, je n’ai pas su voir les ténèbres ni ce qu’elles dissimulaient

Jack Branch est un fils de bonne famille, professeur dans le petit lycée de Lakeland, Mississippi. Très impliqué dans son métier, soucieux de justice dans un pays encore marqué par la guerre de Sécession, il se prend d’affection pour un élève taiseux et renfrogné du nom d’Eddie Miller. Eddie se tient à l’écart de la communauté, résigné, écrasé par le poids de son ascendance : il est le fils du « tueur de l’étudiante », mort en prison quinze ans plus tôt. Le mal se donne-t-il en héritage ? Peut-on sauver les gens d’eux – mêmes ?

Pour libérer Eddie de son fardeau, Jack lui suggère de mener une enquête sur son père. Le maître et l’élève découvrent peu à peu un monde où le bien et le mal se confondent, chargé de violence et de mirages : un monde de ténèbres.

Salué comme l’un des plus grands auteurs de sa génération, Thomas H. Cook a écrit une vingtaine de romans, dont The Chatham School Affair qui a remporté le prestigieux prix Edgar en 1996.

« Thomas Cook – comme Michael Connelly, James Ellroy et quelques autres – réinvente brillament le genre policier »

Joyce Carol Oates

 

Mon avis (Mars 2011) :

 

Fils du meurtrier de Linda, Eddie MILLER cherche à savoir si ce « mal » se transmet de génération en génération, et c’est avec l’aide de son professeur, Jack BRANCH,  qu’il va entamer une véritable enquête sur son père. Ainsi pourrait-on résumer le dernier ouvrage de Thomas H COOK.

Nous ne pouvons nous limiter à ce simple résumé, et nous allons, en respectant notre idée farouche de ne surtout pas « gâcher » le plaisir des futurs lecteurs, tenté de vous en dire un peu plus.

Nous sommes en 1954 dans une petite ville du Mississipi, LAKELAND pour être précis, et nous découvrons le personnage central de ce roman : un jeune professeur de 24 ans, Jack BRANCH – Né en 1947, l’auteur a commencé sa carrière en tant que professeur, renforçant la sensation de « vécu » des cours de Jack -. Un grand nombre d’élèves de ce lycée provincial suit ses cours (pourtant optionnels) thématiques, dont l’objet semble les passionner : le Mal. A travers les enseignements de son héros, Thomas COOK traque le Mal sous toutes ses formes.

Revisitant les grandes figures telles que les tribunaux d’Inquisition, la traite des Femmes,…, le jeune professeur réussit également à emmener ses élèves sur les sujets d’actualité, les concernant dans leur vie quotidienne. Ses cours restent aussi bien préparés et présentés que Thomas COOK nous les présente. L’occasion pour cet ancien professeur d’histoire de nous montrer une approche différente du passé, et en analysant les raisons mais aussi les conséquences du Mal.

Thomas COOK nous décrit LAKELAND et sa population, l’opposition entre les quartiers populaires et ceux, où évolue Jack. Le Mal ne s’insinue –t-il pas avec ces jeunes gens biens nés dans les quartiers populaires, lorsqu’ils s’y rendent pour une maison de petite vertu ? Ou bien le Mal ne se constitue-t-il pas lorsque le ménage est fait une fois ce lieu de débauche fermé ? Insistant tout à tour sur l’espoir que représente chaque individu, mais aussi sur la noirceur, dont tout un chacun peut se révéler, l’auteur nous décrit subtilement cette petite ville du Sud, encore empreinte de ségrégation et nostalgique de la guerre de sécession. Thomas COOK nous décrit cette ambiance finement, sans se lancer dans de longues et ennuyeuses digressions, mais réussit nous en faire saisir la réalité.

Dans cet univers, Jack se découvre une mission, presque une quête initiatique, sa recherche du Bien : aider Eddie à se sauver de lui-même en cherchant les questions qu’il se pose sur son père. Le « tueur de l’étudiante » peut-il engendrer autre chose qu’un tueur en puissance ?

Ce livre représente cette quête, cE combat entre le Bien et Mal, sans que l’auteur ne nous aide vraiment à identifier chacun des deux protagonistes de cet affrontement. Avec de multiples personnages très travaillés, l’intrigue ne cesse de nous mener d’un bord à l’autre, sans qu’on perde pied à un seul instant : Quel est cet « incident », ayant tant traumatisé Jack ?  Le sheriff DRUMMOND est-il si impartial dans ce combat, alors qu’il est celui qui a mis en cause le meilleur ami de son fils : Luther MILLER ? Les vies s’entrecroisent, les destins des uns façonnent ceux des autres, et l’auteur se complait à jouer de ces « faux semblants ».

Pour rendre le récit encore plus authentique, Thomas COOK ne nous le livre pas de façon linéaire. Mais, Jack se remémore les évènements de ce printemps 1954. Les souvenirs se mélangent de manière très harmonieuse au présent, ou encore à la retranscription d’un procès. On sait donc, dès le départ, qu’il y aura procès, mais il nous faut attendre les multiples rebondissements pour en appréhender la teneur et le contenu. Enigmatique de découvrir un personnage tourmenté dans son adolescence à l’occasion d’une évocation de son décès.

Les histoires se croisent, les temps de narration aussi, tout comme le rythme (la retranscription d’un procès diffère de la narration du présent), et pourtant à la fin de ce roman, on est enthousiasmé « d’avoir tout compris », de nous être forgé notre propre opinion,…

Sans succomber aux rebondissements à chaque page, aux tueurs les plus pervers, ou aux crimes les plus sanguinolents, Thomas COOK nous livre ici un roman policier, nous maintenant en haleine de bout en bout, un véritable roman noir, que nous vous recommandons donc chaudement.

Je remercie vivement les Editions du Seuil Policier et Babelio, qui m’ont permis de découvrir ce roman à l’occasion de ma participation au Jury 2011.

 

Citation :

Page 33 : Comme d’habitude, je levai les yeux sur notre devise familiale inscrite sur une modeste plaque à côté de la porte : VENERATIO SILEO VERA, ce qui signifie « L’honneur est dans la vérité ».

 

Page 86 : Tout professeur ne doit-il pas essayer de modeler ses élèves ?


Publié dans Livres : Romans

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